Tenir sa langue
Et c'est Allah qui nous accordera la réussite.
Si parler est indifférent, il vaut tout de même mieux s'abstenir de le faire, car une conversation toléré risque d'en entraîner d'autres qui, elles, seraient interdites ou à tout le moins blâmable, comme c'est le cas de la plupart des conversations :
mieux vaut donc se taire, car se préserver de la médisance n'a pas de prix.
«Que celui qui croit en Allah et au Jour du Jugement dise du bien [des gens] ou qu'il garde le silence!»
Ce hadîth, dont l'authenticité ne fait aucun doute, stipule clairement que l'on ne peu parler que pour dire du bien d'autrui, à condition toutefois que cela présente une utilité évidente : si l'on doute de cette utilité, il convient de garder le silence.
L'imâm al-Shâfi'î - qu'Allah lui fasse miséricorde - a dit :
«Je demandai: Ô Envoyé d'Allah, qui donc est le meilleur musulman ? Il me répondit : Celui dont les musulmans n'ont à redouter ni la langue, ni la main.»
«Celui qui me garantit ce qu'il a entre les mâchoires [c'est-à-dire sa langue] et ce qu'il a entre les jambes, je l'assure du Paradis.»
« En vérité, le serviteur peut, sans y prendre garde, prononcer une parole qui le fera tomber en Enfer et l'y précipiter sur une distance supérieure à celle qui sépare l'Orient de l'Occident».
Dans la version de Bukhârî on trouve : «supérieure à celle qui nous sépare de l'extrémité de l'Orient. »
«Certes il arrive au serviteur de prononcer, sans y prendre garde, un mot qui lui vaudra l'Agrément d'Allah et pour lequel Allah l'élèvera de plusieurs degrés. Mais le serviteur peut également laisser échapper par mégarde un mot qui lui vaudra le Courroux divin et lui vaudra d'être précipité en Enfer.»
«Certes l'homme peut prononcer une parole agréée d'Allah sans en mesurer toutes les conséquences, et pour laquelle Allah lui accordera Son Agrément jusqu'au jour où il Le rencontrera. Et l'homme peut également prononcer un mot sans en mesurer la gravité, et qui lui vaudra le Courroux divin jusqu'au jour où il Le rencontrera.»
(Tirmidhî estime ce hadîth fiable/authentique).
«Je demandai: Donne-moi, ô Envoyé d'Allah, un conseil qui me servira de protection. Il me répondit: Dis: Allah est mon Seigneur puis fais montre de rectitude ! - Et que dois-je craindre le plus, ô Envoyé d'Allah ? demandais-je. Il saisit alors sa langue[entre ses doigts] et me dit: ceci !»
(Tirmidhî estime ce hadîth fiable/ authentique).
«Ne parlez pas à l'excès sans mentionner Allah, car une profusion de paroles sans la mention d'Allah endurcit les coeurs. Or l'homme le plus éloigné d'Allah est celui dont le coeur est endurci.»
« Celui qu'Allah préserve des méfaits de ce qu'il a entre ses mâchoires et entre ses jambes entrera au Paradis.»
(Tirmidhî estime ce hadîth fiable).
« Je demandai: Ô Envoyé d'Allah, en quoi consiste le salut? - Tiens ta langue, demeure chez toi (litt : que ta deumeure suffise) et pleure sur tes péchés, me répondit-il.»
(Tirmidhî tient ce hadîth pour fiable).
« Lorsque s'éveille le fils d'Adam, tous ses membres mettent en garde sa langue en ces termes: Crains Allah afin de nous préserver! Car nous procédons de toi: si tu te montres droit, nous le serons également; mais si tu te montres fourbe, nous le serons aussi ».
«Toutes les paroles des fils d'Adam seront retenues contre eux, à l'exception du commandement du bien, de l'interdiction de ce qui est blâmable et de la mention (dhikr) d'Allah.»
«Je demandai: Ô Envoyé d'Allah, indique-moi une oeuvre qui me fasse gagner le Paradis et m'éloigne de l'Enfer! Il me répondit: Tu m'interroges là sur une chose considérable; elle est aisée cependant pour celui auquel Allah l'aura facilitée. Tu adoreras Allah sans rien Lui associer; tu accompliras la prière; tu t'acquitteras de l'aumône légale; tu observeras le jeûne de Ramadân, et tu feras le pèlerinage à la maison d'Allah. Puis il ajouta: Ne t'indiquerais-je pas quelles sont les voies du bien? Sache que le jeûne est une protection, que l'aumône efface le péché comme l'eau éteint le feu, et qu'enfin il y a la prière que l'homme accomplit au coeur de la nuit.
Et il récita ces versets :
« Leurs membres s'écartent de leurs couches... jusqu'à ce qu'il arrive à ces mots: ...en récompense de ce qu'ils faisaient. » [Sourate Luqman 32 :16-17]
Ensuite il reprit: Ne t'informerais-je pas de l'essentiel de ce message, de son pilier central, et de son point culminant? - Bien sûr, ô Envoyé d'Allah, répondis-je! Il reprit: L'essentiel en est l'Islam; le pilier central en est la prière, et le point culminant en est le jihâd. Puis il poursuivit: Te ferai je savoir ce qui soutient tout l'ensemble? - Bien sûr, ô Envoyé d'Allah! répondis-je à nouveau. Il saisit alors sa langue [entre ses doigts] et me dit: Tiens donc celle-ci! Je lui demandai: Ô Envoyé d'Allah, nous fera-t-on grief de nos paroles ? - Malheureux, me dit-il, qu'est-ce qui précipite les gens dans le feu la tête la première (ou: le nez le premier), si ce n'est ce que leur langue a récolté ?»
(Tirmidhî tient ce hadîth pour fiable/authentique.)
«Une des plus belles vertus islamiques consiste pour un homme à ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas.»
(Ce hadîth est tenu pour fiable).
«Celui qui garde le silence est sauvé.»
La chaîne de transmetteurs de ce hadîth n'est pas sûre, mais je ne l'ai mentionné que pour le faire savoir, car il s'agit là d'un hadîth fort connu.
Il n'en reste pas moins vrai que les hadîths authentiques présentant un sens analogue sont nombreux.
J'en ai d'ailleurs suffisamment rapporté pour ceux qui bénéficient de l'Assistance divine (tawfiq).
J'en mentionnerai d'autres, lorsque je traiterai, si Allah le veut, de la médisance (ghîba).
Et c'est Allah qui accorde la réussite.
Toutefois nous désirons attirer l'attention sur quelques vices qu'il convient tout particulièrement d'éviter :
«Combien as-tu trouvé de vices et de défauts chez les fils d'Adam? - Ils sont trop nombreux pour être recensés, répondit l'autre, mais j'en ai trouvé tout de même huit mille, que l'usage d'une seule qualité peut effacer. - Laquelle? lui demanda le premier. - Tenir sa langue, lui répondit-il.»
«Celui qui estime que ses paroles sont l'une de ses oeuvres parle rarement de ce qui ne le concerne pas.»
«Ô Rabî', ne parle pas de ce qui ne te concerne pas. Car quand tu parles, les mots te possèdent mais tu ne les possèdes pas. »
«Rien ne mérite davantage la prison que la langue.»
D'autres ont dit:
«La langue est semblable à une bête féroce: si tu ne l'enchaînes pas, elle t'agresse.»
"Le silence est [source de] salut. Il est le principe [de la parole elle-même]. Savoir garder le silence au bon moment est un attribut des hommes accomplis, de même que parler au moment propice est une des plus nobles vertus. J'ai entendu ces mots d'abû ' Alî al-Daqqâq: «Celui qui tait la vérité est un diable muet.»
Si les ascètes préfèrent en général le silence, c'est parce qu'ils connaissent les méfaits de la parole et qu'ils savent aussi le plaisir que l'âme prend à parler, le désir que l'on a de se faire connaître sous un aspect flatteur et de se distinguer de ses pairs par de belles paroles. Le silence est l'attribut de ceux qui sont passés maîtres en matière d'exercices spirituels. Il est une de leurs règles de base pour le combat spirituel et l'amélioration de leur caractère."
Je commencerai donc par ceux-là afin de mettre les gens en garde contre leurs méfaits.
Peu importe que ces remarques soient adressées verbalement ou par écrit, d'une manière allusive ou par un clin d'oeil, d'un signe de la main ou de la tête etc.
♦ On peut médire de quelqu'un en évoquant sa religion lorsqu'on le traite de débauché, de voleur, de traître ou d'oppresseur; lorsqu'on affirme qu'il est négligent dans sa prière ou laxiste en matière de purification, ou qu'il est dépourvu de piété filiale, ou qu'il ne donne pas l'aumône à ceux qui y ont droit, ou encore qu'il s'adonne à la médisance.
♦ S'agissant du quotidien, on peut médire de quelqu'un en disant de lui par exemple qu'il est impoli, méprisant à l'égard des gens, qu'il ne leur reconnaît aucun droit, ou encore qu'il parle trop, qu'il est gros mangeur ou gros dormeur, ou encore qu'il dort aux moments ou dans des lieux déconseillés.
♦ On peut médire du père de quelqu'un en le traitant de débauché, d'Indien, de Nabatéen ou de nègre, de cordonnier, de marchand de tissus ou de bestiaux, de menuisier, de forgeron ou de tisserand.
♦ On peut aussi médire également du caractère de quelqu'un en disant par exemple qu'il a mauvais caractère, qu'il est orgueilleux, hypocrite, qu'il fait les choses à la va-vite, qu'il est autoritaire, impuissant ou faible, irréfléchi, renfrogné ou libertin etc.
♦ On peut aussi médire du vêtement de quelqu'un lorsqu'on dit : Il porte les manches trop larges, il laisse trainer ses vêtements, ses vêtements sont sales etc.
L'imâm abû Hâmid al-Ghazâlî donne de la médisance cette définition qui fait, selon lui, le consensus des musulmans :
Nous évoquerons plus loin le hadîth authentique qui fonde cette définition.
Telles sont donc les définitions respectives de la médisance et de la calomnie.
Toutes deux sont bien entendu condamnées et interdites par l'unanimité des musulmans.
Les preuves [scripturaires] de cet interdit sont multiples, tant dans le Livre Saint que dans la Sunnah et dans les ouvrages rapportant le consensus (ijmâ') de la communauté musulmane.
« Ne dites pas du mal les uns les autres! » [Sourate Al-Hujurat 49:12]
Et encore (traduction rapprochée) :
« Au diffamateur qui répand la calomnie » [Sourate Al-Qalam 68:11]
Nous rapportons des Sahîhs de Bukhârî et Muslim ces propos du Prophète transmis par Hudhayfa:
«Jamais un calomniateur n'entrera au Paradis.»
«En passant près de deux tombes, l'Envoyé d'Allah fit cette réflexion: «Ces deux-là subissent un châtiment et ils n'avaient cependant pas commis de grands péchés (c'est-à-dire: selon eux, il ne s'agissait pas de quelque chose de grave, ou encore: il leur eut été facile de s'en abstenir).»Dans la version de Bukhârî, on trouve cette précision: «Que non! Ce sont bien de grands péchés: l'un d'eux colportait des calomnies; quant à l'autre, il ne se cachait pas pour uriner.»
«Savez-vous en quoi consiste la médisance? - D'Allah et Son Envoyé le savent mieux que quiconque, répondit l'assistance. - Elle consiste, dit le Prophète, à mentionner ton frère en des termes qui lui déplaisent. Quelqu'un lui demanda: Et si mon frère est bien tel que je l'ai décrit, qu'en dis-tu? - Si ton frère est tel que tu l'as décrit, tu as médit de lui, lui répondit le Prophète, et s'il est différent de ce que tu en as dit, tu l'as calomnié.»
(Tirmidhi tient ce hadîth pour fiable/authentique).
«Votre sang, vos biens et votre honneur sont sacrés entre vous comme le sont ce jour, ce pays qui est le vôtre et ce mois. [Ô Allah], ai-je bien transmis [le message] ?»
«[Comme il m'avait demandé mon avis], je répondis au Prophète: Il te suffit de savoir que Safiyya est petite. Il me dit alors: Tu as proféré une parole qui, mélangée à la mer, aurait suffi à l'empuantir! Puis je lui parlai alors d'un autre individu mais il m'arrêta net: Je n'aime pas parler de quelqu'un alors que j'ai tant de choses en cours.»
(Tirmidhî estime que c'est un hadîth fiable/authentique).
Ce hadîth est l'un des principaux hadîths mettant en garde contre la médisance et je n'en connais pas d'autre qui la fustige avec autant de force.
Et Allah dit de Son Envoyé (traduction rapprochée) :
« Il ne prononce rien sous l'effet de la passion; ce n'est rien d'autre qu'une révélation inspirée » [Sourate An-Najm 53:3-4]
Nous demandons à Allah de nous préserver, dans Sa Bienveillance et Sa Sollicitude, de tout ce qui est blâmable.
«Lorsque je fus élevé aux cieux, je passais devant des gens dotés d'ongles de cuivre avec lesquels ils se griffaient le visage et la poitrine. Je demandai: Qui sont-ils, ô Gabriel? Il me répondit: Ce sont ceux qui médisaient (litt : mangeaient la chair) des gens et portaient atteinte à leur honneur.»
«Une des pires formes d'usure consiste à s'appesantir longuement sur l'honneur d'un musulman, sans la moindre raison.»
«Le musulman est un frère pour le musulman; il ne doit ni le trahir, ni lui mentir, ni l'abandonner. Tout musulman est sacré pour un musulman: son honneur, ses biens et son sang sont sacrés. C'est là que réside la crainte [Ô Allah]. C'est un méfait suffisant pour un musulman, que de mépriser un musulman, son frère.»
(Tirmidhî tient ce hadîth pour fiable)
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